Cette comédie dramatique rappelle un des terribles drames de l’Histoire du XXeme siècle, tout en dévoilant avec pudeur la sincérité des relations humaines lorsqu’elles reposent sur l’affection et l’émotion.
A REAL PAIN de Jesse Eisenberg. États-Unis, 2024, 1h30. Avec Jesse Eisenberg et Kieran Culkin.
Critique de Chantal Laroche Poupard, SIGNIS France
Deux cousins américains David et Benji se retrouvent pour un voyage organisé en Europe, plus exactement en Pologne, pays de leurs ancêtres où ils vont faire un « pèlerinage » afin d’honorer la mémoire de leur chère grand-mère récemment décédée et qui avait été rescapée de l’Holocauste.

David et Benji sont deux âmes blessées. David est plutôt calme et sérieux avec femme, enfant, métier stable mais peu sûr de lui. Benji son cousin est sans travail, bipolaire et vit seul, si ce n’est avec un profond mal être.
Ils font ce voyage-pèlerinage dans un petit groupe constitué de personnes portant en elles leurs émotions et leurs troubles : une célibataire névrosée, un vieux couple ashkénaze, un survivant du génocide rwandais converti au judaïsme et un guide trop bavard, trop savant, qui conduit ces pèlerins sur les lieux de mémoire de l’Histoire de la Shoah.
Si David est choqué au début du voyage par la spontanéité et le culot de Benji – il faut noter l’expression : « you’re a real pain in the ass » – qui signifie « tu es un véritable emmerdeur » – il admire son courage et son honnêteté de dire ce qu’il pense comme à ce guide trop prolixe. Le message de Benji passe et le guide prévient que la visite du camp de concentration se fera dans un silence absolu, seule, la mémoire de l’horreur parlera. Cette séquence est d’une grande pudeur tandis que la douleur des deux cousins et du groupe rejoint le drame terrifiant de la Shoah.
David va apprendre à mieux connaître son cousin pendant ce voyage. S’il semble, à première vue, le prendre « sur son dos, sous son aile », il est en fait très ému de voir son cousin si sincère. La réelle douleur de Benji due à son caractère hypersensible est certes tangible par le chagrin de la perte de cette grand-mère mais s’intensifie car il réalise combien celle-ci a dû joindre ses souffrances au peuple tout entier de l’Holocauste.
Dans la séquence du voyage en train, cette peine est perceptible lorsque David retrouve son cousin en larmes et scandalisé car son groupe voyage dans un wagon 1ere classe, ce groupe même de descendants de juifs qui ont été entassés dans des wagons à bestiaux.
Tandis que les superbes et douloureuses sonates de Chopin accompagnent comme un leitmotiv ce long métrage, le réalisateur parvient à suggérer « a real pain » la réelle douleur de ces descendants de la Shoah.

Mais le film est également traversé par des séquences de comédie réelle et sympathique lorsque, par exemple, les deux cousins se retrouvent sur les toits pour fumer tout en relatant des souvenirs d’enfance tendres et parfois amusants. Cette note plus légère permet peut-être de rendre cette Histoire accessible aux générations suivantes.
Les deux acteurs sont formidables dans cette comédie dramatique drôle et émouvante. Kieran Culkin arrache les larmes dans son rôle d’hypersensible à fleur de peau et remporte l’Oscar du meilleur second rôle 2025. Jesse Eisenberg, quant à lui, à la fois acteur et réalisateur de ce film, vient d’obtenir la nationalité polonaise.
Chantal Laroche Poupard